Le recrutement français prend ses marques

Pour la troisième année consécutive, Acteurs publics et le site d’offres d’emploi Monster s’associent pour ausculter l’utilisation du Net par les employeurs publics des différents pays de l’Union européenne. Comment les administrations françaises ont-elles modifié leurs pratiques de ressources humaines pour y intégrer l’usage d’Internet ?


Chaque année, ce ne sont pas moins de 40 000 fonctionnaires de l’État, 24 000 dans la territoriale et presque autant dans la fonction publique hospitalière qui sont recrutés. Tous ou presque sont engagés par concours et de plus en plus utilisent Internet pour s’informer sur la fonction publique. Même si la direction générale de l’administration et de la fonction publique (DGAFP) et le Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT) ne rassemblent pas les statistiques du nombre de connexions mensuelles sur les pages “recrutement” ou “emploi” des ministères et des collectivités locales, chacun s’accorde à reconnaître que le Web occupe une place croissante dans le recrutement et la gestion des ressources humaines des administrations.

“Tous les concours font l’objet d’une parution sur l’édition électronique du Journal officiel avant d’être ventilés sur les différents sites ministériels concernés, indique Bernard Amat, spécialiste du recrutement à la DGAFP, et tous les ministères disposent d’une rubrique « recrutement » ou « emploi » avec tous les concours les concernant.”Mieux, dans de nombreux cas, les candidats ont la possibilité de s’inscrire en ligne. “Entre 85 et 90% des inscriptions au concours des instituts régionaux d’administration (IRA) s’effectuent par ce biais, ce qui fait autant de dossiers papier économisés sur les 10 000 personnes s’inscrivant chaque année à ce concours”, précise Bernard Amat.

Une question de culture.

La plupart des collectivités ont également créé un espace emploi sur leurs sites. Après des débuts un peu hésitants, la pratique est entrée dans les moeurs. “Nous faisons de plus en plus appel au recrutement en ligne, principalement pour des cadres supérieurs, des fonctionnaires de catégorie A ou des postes très spécifiques, comme les médecins territoriaux, confirme Dominique Lefret, responsable du recrutement au conseil général de la Marne.
Cette année, nous avons par exemple recruté des conservateurs du patrimoine, des ingénieurs informatiques et des ingénieurs travaux.”
En 2008, le conseil général de la Marne a passé plus d’une soixantaine d’annonces sur son propre site, principalement pour des emplois de catégorie A. Et a réduit son recours à la presse spécialisée. “Seulement 20annonces”, précise Dominique Lefret.
Christelle Bonnet, directrice des ressources humaines de la région Rhône-Alpes, estime aussi que le recrutement en ligne est plus approprié pour les personnels d’encadrement supérieur et les fonctionnaires de catégorieA.
“C’est une question de métier et de culture. Nous avons davantage recours à ce système pour les postes qui dépendent du siège du conseil régional, y compris pour les non-titulaires, souligne-t-elle. Nous avons passé près de 230 annonces en ligne depuis le début de l’année.”

Recrutements ciblés

Les administrations et les collectivités font également appel à des cabinets de recrutement pour se doter de compétences spécifiques “online”. Ces organismes jouent un rôle d’intermédiaires en transmettant les offres des employeurs publics sur des sites ciblés. “Quand j’ai besoin d’un administrateur territorial, je contacte l’association de ce corps qui met l’annonce sur son site Intranet”, explique Marie-Hélène Dumoulin, consultante chez Light Consultant. Pour Sylvie Zaragoza, directrice du personnel de la ville de Nantes, ce mode de recrutement est efficace : “J’ai contacté l’École nationale supérieure du paysage de Versailles. La mise en ligne de notre annonce sur leur site a permis de pourvoir rapidement un poste vacant chez nous.”
La Toile n’est cependant pas la panacée. Certains postes, en raison de leur sensibilité ou de leur degré de compétence, s’accommodent mal du Web. Il en est ainsi des membres de cabinet ou des postes de directeurs de service, expliquent en choeur Dominique Lefret et Christelle Bonnet. “Il nous arrive de mettre les annonces en ligne, notent les deux responsables du personnel. Mais, la plupart du temps, nous faisons appel à des cabinets de recrutement pour pourvoir ces postes, ou ce sont les élus qui recrutent directement.”
Certains postes, moins qualifiés, réclament aussi d’être encore annoncés par voie de presse, générale et spécialisée. “Au regard de notre volume d’offres d’emploi, nous privilégions toujours la presse papier, explique Christelle Bonnet. En effet, les lois de décentralisation nous ont donné la compétence sur la gestion des lycées. Au-delà du choc culturel et financier que cela a représenté, puisque nous sommes passés de 1 000 à 6 000 fonctionnaires, nous avons dû faire face à des profils professionnels bien différents : plombiers, cuisiniers, secrétaires, assistantes sociales, laborantins…”

Encore des annonces papier.

Sylvie Zaragoza, de la ville de Nantes, pointe elle aussi le problème de l’accessibilité de certaines catégories de personnes à Internet. “Leur culture ou leurs revenus ne permettent pas à certains fonctionnaires de naviguer sur la Toile pour rechercher un emploi", pointe-t-elle.
Plus onéreuse –environ 1400 à 3000 euros, contre 500 euros pour une annonce Web dans le cas de la ville de Nantes –, l’annonce papier reste donc la manière de recruter la plus efficace pour ce type de population. Dominique Lefret, du conseil général de la Marne, concède avoir dû faire face à une importante vague de recrutements après l’application de la décentralisation. “Nous avons «récupéré» les agents de la DDE, les personnels administratifs, techniques, ouvriers, sociaux et de santé (Atoss) de l’éducation nationale, sans compter les départs en retraite, les demandes de mobilité géographique ou statutaire, se souvient-elle. Confrontée à une pénurie de main d’oeuvre pour des offres très spécifiques, j’ai dû faire appel à des sites spécialisés et doubler ces annonces par voie de presse.” Le conseil général de la Marne a même rétribué un cabinet de chasseurs de têtes qui s’est chargé de mettre des annonces en ligne pour recruter des médecins territoriaux. “L’investissement s’est révélé très onéreux pour un piètre résultat”, convient Dominique Lefret.Tout en mentionnant un autre problème: “la faible rémunération de ces médecins, qui n’est pas attractive”.
Au total, il arrive que des offres de postes, y compris ouverts aux contractuels, restent en ligne des semaines, voire des mois.
En termes de mobilité interne, le Web est aussi de plus en plus utilisé. L’État s’est ainsi doté d’une Bourse interministérielle de l’emploi public (BIEP) visant à faciliter la mobilité géographique et fonctionnelle de ses agents. “Certains ministères n’y publient que quelques annonces, relate Olivier Lavergne, responsable de la BIEP, quand d’autres y mettent la quasi-totalité des leurs.” L’outil se révèle particulièrement utile pour les ministères comptant peu d’agents et de corps propres, comme le ministère de l’Immigration ou l’Outre-mer. L’avantage? Les ministères et les administrations ont la main sur leurs annonces et les gèrent directement par le biais d’un compte dûment approprié et sécurisé.

Christophe Soulard-Coutand
Pour en savoir plus, téléchargez l'étude complète Monster - Acteurs Publics

Chapitres

  1. Le recrutement en ligne prend ses marques